NB : Afin de faciliter la lecture, l'ordre chronologique est inversé. Les évènements les plus récents se trouvent donc en haut de page.
Si vous n'avez pas encore découvert le début de mon aventure, rendez-vous dans la page " L'Europe ".
L'Asie du sud-est
Janvier - Février 2025
Vendredi 17 janvier. Cela fait trois mois que je suis rentré en France pour soigner mon entorse de la cheville. Aujourd'hui, je ne ressens plus de douleur grâce aux nombreuses séances de kiné. Il est donc temps de reprendre la route.
Au vu des conditions hivernales en Europe, j'ai décidé de faire l'impasse sur la partie Croatie/Turquie pour redémarrer en Thaïlande. Mes bagages sont prêts et mon vélo est emballé. Hélène et Dominique, qui étaient venus me chercher à Lyon en octobre, m'emmènent à l'aéroport.
L'impatience de repartir a laissé place à l'appréhension de la découverte d'une culture complètement nouvelle. Une fois sur place, je devrai m'imprégner rapidement de l'Asie pour évoluer sereinement.
Aéroport de Bangkok, 15 heures plus tard. La première chose à faire est de remonter mon vélo pour rejoindre mon hôtel situé à 18 kilomètres. Les premiers coups de pédales sont hésitants car je dois trouver la bonne direction, et en plus ici on roule à gauche de la chaussée. L'hôtel sera mon point de chute pendant les trois premiers jours d'acclimatation dans la capitale. J'en profite pour aller visiter les principaux monuments.
Temple de Wat Pho (Bangkok)
Pour me rendre dans le centre-ville situé à une dizaine de kilomètres, je fais appel à une moto-taxi. Et pour une première mise en condition, je suis servi. Ici, les règles de circulation sont assez aléatoires. Pour résumer, chacun fait ce qu'il veut mais dans le respect des autres (en gros, c'est un bazar organisé). Mon pilote (dans ce cas-là, le terme de chauffeur ne serait pas approprié) change constamment de files pour doubler les autos, Aux zigzags succède la circulation interfiles au milieu des autres motos. On se pousse presque les uns les autres, tandis que certains remontent les rues en sens interdits. Et à chaque feu tricolore, j'ai l'impression d'être sur la ligne de départ des 24 heures du Mans. Les deux-roues s'élancent plein gaz pour franchir le carrefour.
Enfin, nous arrivons sains et saufs devant le temple de Wat Pho. Je pénètre dans l'enceinte, découvrant une multitude de monuments dédiés à Bouddha. Il y en a de toutes les couleurs. Vert, rouge, or, bleu ou blanc. Les murs extérieurs sont sculptés de nombreux motifs en mosaïque dorée ou faïence multicolore. L'intérieur regorge d'innombrables statues de Bouddha, de taille plus ou moins imposante. Puis je me rends au temple du Bouddha d'Emeraude.


Tous ces monuments ont été construits par les rois qui se sont succédés à la tête du royaume.
Le Grand Palais, autrefois résidence du roi, accueille maintenant les réceptions et visites des chefs d'états étrangers.
Mercredi 22 janvier. Les choses sérieuses commencent. L'objectif de cette première journée de vélo est simple. Sortir de Bangkok sans encombre pour m'éloigner de la pollution et retrouver la verdure. Depuis ma virée en moto-taxi, j'applique à vélo les principes de base de la circulation locale. Ne pas se formaliser avec le code la route et être vigilant. Et ça se passe plutôt bien car les véhicules à quatre roues ont l'habitude de côtoyer les deux-roues, même sur les axes à 2x2 voies (la bande d'arrêt d'urgence est ici réservée aux deux-roues).
A Ayutthaya, ancienne capitale de la Thaïlande, autrefois royaume de Siam, je visite le parc historique composé de temples en ruines mais dans un assez bon état de conservation. L'importance du site témoigne de la grandeur passée de cette ville aux XIVème et XVème siècles.
D'Ayutthaya je remonte plein nord jusqu'à Nakhon Sawan, en longeant le fleuve Chao Praya. Celui-ci se jette dans le golfe de Thaïlande au sud de Bangkok.


Parc historique d'Ayutthaya
La route est plate, bordée de nombreux bananiers et palmiers. A perte de vue s'étendent les rizières.
Le voyage à vélo fait sortir des sentiers battus. Les traversées de villes et de villages se font par des petites rues puis les quartiers périphériques. Là, contrairement à un touriste qui n'emprunterait que les grands axes, je suis confronté à la pauvreté et la saleté. Certains thaïlandais vivent dans des maisons faites de bric et de broc, parfois au milieu des déchets. Très souvent les bords de routes sont jonchés de déchets plastiques de toutes sortes. Des décharges sauvages apparaissent ici et là. Me vient alors à l'esprit l'importance pour les pays riches de faire encore plus d'efforts sur les questions environnementales afin de compenser le retard des pays émergents, sinon l'humanité n'en aura plus pour très longtemps sur notre belle planète. De plus, une coopération entre tous les pays devrait être la priorité des dirigeants de ce monde sur le sujet de l'écologie, dont dépendent tous les autres domaines (catastrophes climatiques, santé, économie, ...).
A Nakhon Sawan, je prends la direction du nord-ouest, en suivant maintenant la rivière Ping. Il fait toujours aussi chaud depuis que j'ai quitté Bangkok. Le thermomètre affiche 37 °C en plein soleil. Quelques collines, au sommet desquelles se trouvent des temples, rompent la monotonie de la plaine. C'est alors que se dresse devant moi une petite chaîne de montagnes aux flancs abrupts. je me prépare à grimper quelques côtes. A ma grande surprise, je franchis ce relief sans m'en rendre compte par une passe.
Mon itinéraire emprunte maintenant des petites routes et chemins traversant les rizières et les champs de canne à sucre. Les gens me sourient et me saluent.
Jusqu'à maintenant, je dormais dans des chambres d'hôtel car leur faible prix (moins de 10 € la nuit) ne justifiait pas que je plante ma tente.


En plus, j'avais une douche chaque soir. Mais aujourd'hui, je fais mon premier bivouac. J'ai repéré un terrain de camping sur Google Maps. En arrivant sur place, je demande confirmation à un homme habitant à proximité. " Au bout du chemin, ce sont des rizières. Je vais t'y emmener pour voir " me dit-il. Une fois sur place, je lui dit que je vais quand même m'installer là, près de la petite cabane. " Pas de problème, me répond-il, si tu as besoin de quelque chose, dis-le-moi ". Une heure plus tard, je vais lui demander de l'eau pour ma douche. Et alors que je m'apprête à manger, c'est lui qui vient m'offrir des bananes avec un grand sourire. Merci ! Ce soir, le coucher de soleil sur les rizières est magnifique.
Ce bivouac m'a fait revenir à plus de simplicité et m'a rapproché des gens. C'est pourquoi je décide de demander aussi l'hospitalité dans les temples bouddhistes. Après une belle journée de vélo durant laquelle j'ai traversé une chaîne de montagnes et rencontré mon premier cyclovoyageur en Asie (un chinois se rendant en Malaisie), je suis accueilli par le moine novice Pote dans le temple de Wat Nong Bua Kham. Ils sont cinq à vivre ici et à étudier à l'école bouddhique voisine. Je questionne Pote sur son mode vie alors que lui est curieux de mon voyage. Plein de bienveillance, il est aux petits soins avec moi.
Parc historique d'Ayutthaya
Le lendemain matin, au moment du départ, il me remet une enveloppe contenant un petit mot rédigé en français, me souhaitant une bonne route et une bonne santé. Je suis touché par son attention et le remercie pour sa gentillesse.
Au temple de Wat Don Chai, c'est le moine Vut qui me reçoit comme un roi. Il m'ouvre une pagode dans laquelle je m'installe pour la nuit, face à une statue de Bouddha. Puis j'ai droit à un savon, un tube de dentifrice, une brosse à dents, des gâteaux et de l'eau. Rien que ça ! Vut, après avoir exercé deux métiers, dont celui d'entrepreneur, a tout plaquer pour devenir moine. Il est heureux ainsi. Nous passons la soirée à bavarder. Puis il m'entraîne dans un recoin de l'enceinte du temple pour me montrer la maison qu'il est en train de construire pour recevoir ses amis et les gens de passage. " Si tu reviens un jour, tu pourras dormir là ! ".
A Chiang Mai, je visite de nouveaux temples. Celui de Wat Chedi Luang est le plus beau que j'ai pu voir jusqu'à présent, grâce à son intérieur entièrement décoré. Les pagodes alentour sont tout aussi somptueuses.
Puis je fais une excursion en groupe dans le parc national de Doi Inthanon. Une randonnée de deux heures nous emmène au cœur d'une forêt vierge et luxuriante. Nous observons entre autres deux couleuvres venimeuses et quelques araignées. Au bout du sentier, nous découvrons le village de la tribu Karen qui cultive le café et confectionne des tenues traditionnelles grâce à un savoir-faire ancestral du tissage.
Ce soir, je reçois l'hospitalité de Sanqat, moine du temple de Wat Mae Pang. Il me propose de l'accompagner au Tak Bat, l'aumône des moines, le lendemain matin. Dès potron minet, je me rends donc avec lui dans le village voisin. Là, nous sillonnons les rues pour recevoir les offrandes des villageois


Une nuit dans une pagode du temple Wat Don Chai
qui nous attendent à l'entrée de leurs maisons. En échange, le moine les bénit par une prière. Certains viennent même s'agenouiller dans la rue pour avoir le droit à la bénédiction. De retour au temple, Sanqat fait l'inventaire de la nourriture récoltée et souhaite m'en donner une partie, ce que je refuse. Je lui suis déjà infiniment reconnaissant de m'avoir fait vivre une telle expérience.
Dans les environs de Lampang, dès que je prends un peu d'altitude, les rizières laissent la place à une forêt dense, ponctuée ça et là de cultures d'orangers.
En plaine, la chaleur est étouffante. Cet après-midi, il fait 46°C en plein soleil. Je suis obligé de faire une pause à l'ombre. Alors que je m'apprête à repartir, deux jeunes stoppent leur camionnette réfrigérée à ma hauteur. Le passager descend avec une glace à la main qu'il me tend avec un grand sourire. Puis il retourne chercher deux bouteilles d'eau et disparaît. J'ai juste le temps de le remercier.




Le Tak Bat, aumône des moines
Et je franchis enfin la frontière pour entrer au Laos. D'emblée, le contraste est saisissant. Ce pays est très pauvre. Les routes sont en mauvais état, les véhicules roulent très vite, surtout les camions et les bus qui klaxonnent les autres usagers. Je ne me sens pas du tout en sécurité. Les laotiens sont froids, ne sourient pas. Dans deux restaurants, les gérants m'ignorent complètement quand je demande à manger. Heureusement, je suis juste de passage dans ce pays pour ensuite rallier le Vietnam. Mais avant cela, je traverse le parc national de Phu Hin Bun où se trouve la fameuse grotte de Konglor. Cette dernière est traversée, sur 7,5 kilomètres par la rivière Hin Bun que l'on peut remonter en bateau. On peut ainsi admirer plusieurs salles de concrétions regroupant des stalactites et stalagmites. C'est magnifique.
Le parc est composé de nombreuses montagnes aux pentes verticales. Ce paysage de formations calcaires typiques me ravit. Je suis récompensé des efforts fournis pour franchir un fort dénivelé.
Ce matin, je vais pendre un petit-déjeuner dans un café. Quelques tables plus loin, une jeune fille se lève et se dirige vers la sortie. Sur le seuil de la porte elle se retourne et me demande : " C'est ton vélo ? Ah, ça fait plaisir de rencontrer un autre cycliste ! ". Isabel est américaine. Elle aussi se rend au Vietnam à vélo. En bavardant, nous nous rendons compte que nous emprunterons le même poste-frontière. Peut-être nous retrouverons nous sur la route.






Temple de Wat Pho (Bangkok)






Le moine novice Pote
Les moines de Wat Don Chai (à droite, Vut)


Temple de Wat Cheddi Luang (Chiang Mai)


Fleuve Chao Praya




Grotte de Konglor (Laos)
Je reprends la route et à ma première pause, Isabel me rejoins. Nous faisons donc plus ample connaissance. Je suis heureux de trouver enfin quelqu'un qui roule dans la même direction que moi. Les quelques cyclistes déjà rencontrés allaient tous dans l'autre sens.
A la frontière avec le Vietnam, le douanier nous soutire 50 000 dongs chacun pour apposer le visa sur nos passeports. A l'inverse, ses collègues gardes-barrières se mettent à discuter avec nous et nous offrent des bonbons. Le poste-frontière est en altitude et plongé dans un épais brouillard. Nous entamons une très longue descente dans le froid pour rejoindre la vallée. Le paysage est composé de montagnes recouvertes par une dense végétation tropicale. Je ne sais plus où donner de la tête tant je suis impressionné. Je prends énormément de plaisir à rouler dans cet environnement. Les vietnamiens, petits et grands nous saluent et lancent des " hello ! " à notre passage. Quel contraste avec les laotiens !
Le lendemain, dès la première montée, Isabel me dépose littéralement... Je la retrouve un peu plus loin accompagnée d'un enfant lui aussi à vélo. Un deuxième enfant à trottinette électrique se joint alors à nous pour former un joyeux peloton pendant quelques kilomètres. A quatorze heures, nous faisons une pause dans un café pour manger. Malgré l'heure tardive,


le gérant nous prépare une soupe de nouilles et nous donne une bouteille de jus de fruits. Nous sympathisons et, au moment de partir, il refuse que nous payions. Merci !
Après deux jours de vélo ensemble, il temps de se séparer. Isabel prend la direction de Ho Chi Minh Ville au sud, tandis que je me dirige vers le nord.
Chaque jour, la population vietnamienne me surprend par sa gentillesse. Ce midi, devant un restaurant, je n'ai même pas le temps de descendre de vélo que trois hommes me font une place à leur table, me donnent une bière et une assiette et me font signe de me servir. Au menu, seiches, escargots de mer et maquereau. Tout en discutant avec eux, je me délecte de cette nourriture. Alors que je pensais le repas terminé, la serveuse dépose sur la table du riz avec de l'entrelardé de porc et un bouillon. Nous finissons enfin par un thé. Et bien sûr, au moment de l'addition, ce sont mes hôtes qui m'invitent. Encore une fois, merci !














Temple de Pha That Luang (Vientiane - Laos)
L'une des pagodes jumelles du Parc de Doi Inthanon (Thaïlande)